Fiscalité des entreprises, TVA et incitations fiscales au Vietnam

Pour les investisseurs étrangers, comprendre le système fiscal vietnamien est aussi important que d’en évaluer les opportunités de marché. La fiscalité influe sur le rendement des investissements, les coûts opérationnels, les stratégies de prix et la planification à long terme. Si le Vietnam est connu pour son taux d’impôt sur les sociétés compétitif et ses incitations attractives à l’investissement, les entreprises doivent aussi composer avec la TVA, les retenues à la source, les droits d’importation et d’autres obligations de conformité.

La bonne nouvelle est que le cadre fiscal vietnamien est relativement transparent et prévoit plusieurs incitations pour les secteurs et projets d’investissement éligibles. Ce guide présente les principaux impôts que les entreprises étrangères doivent connaître, notamment l’impôt sur les sociétés, la TVA, les incitations fiscales et d’autres points fiscaux importants à anticiper lorsqu’elles exercent une activité au Vietnam.

Vue d’ensemble du système fiscal vietnamien pour les entreprises

Pour les investisseurs étrangers qui s’implantent au Vietnam, comprendre le système fiscal local fait partie des points clés à anticiper. Les obligations fiscales influent sur de nombreux aspects, des stratégies de prix et de la planification des bénéfices à la structure d’investissement et à la gestion de trésorerie. Même si le cadre fiscal vietnamien reste généralement compétitif par rapport à de nombreux marchés régionaux, les entreprises doivent respecter plusieurs obligations en matière d’impôts sur les sociétés, de taxes indirectes et de fiscalité liée à l’emploi.

Le système fiscal vietnamien est administré par la Direction générale des impôts (General Department of Taxation, GDT), rattachée au ministère des Finances. La plupart des entreprises opérant au Vietnam sont concernées par plusieurs impôts clés, notamment l’impôt sur les sociétés (Corporate Income Tax, CIT), la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), les retenues à la source (Withholding Tax, WHT), la Foreign Contractor Tax (FCT) et l’impôt sur le revenu des personnes physiques (PIT) pour les salariés.

Le cadre juridique repose principalement sur la loi relative à l’impôt sur les sociétés, la loi relative à la TVA, la loi sur l’administration fiscale et leurs textes d’application. Ensemble, ces règles définissent la manière dont le revenu imposable est calculé, les charges déductibles, les taux applicables et les obligations déclaratives.

Le Vietnam suit généralement un exercice fiscal calendaire, avec un exercice financier allant du 1er janvier au 31 décembre. Les entreprises peuvent adopter un exercice fiscal différent dans certaines situations, sous réserve de l’approbation des autorités compétentes.

Pour les sociétés à capitaux étrangers, la conformité fiscale ne doit pas être envisagée comme une simple obligation déclarative. Une planification fiscale structurée dès le départ peut aider les entreprises à optimiser leurs opérations, à bénéficier des incitations disponibles et à réduire le risque de litiges futurs avec l’administration fiscale.

Impôt sur les sociétés (CIT) au Vietnam

L’impôt sur les sociétés (Corporate Income Tax, CIT) est l’un des principaux impôts que les entreprises étrangères doivent comprendre lorsqu’elles opèrent au Vietnam. Il a un impact direct sur la rentabilité, la planification des investissements et la performance financière globale d’une société.

Le taux standard de l’impôt sur les sociétés au Vietnam est de 20 %. Il s’applique à la plupart des entreprises, quelle que soit leur structure de détention. Par rapport à de nombreux marchés développés, ce taux reste relativement compétitif pour les investisseurs étrangers qui souhaitent mettre en place des opérations en Asie du Sud-Est.

Certains secteurs sont soumis à des taux plus élevés en raison de la nature de leurs activités. Par exemple, les sociétés actives dans l’exploration pétrolière et gazière peuvent être soumises à des taux de CIT compris entre 25 % et 50 %, tandis que certains projets d’extraction de ressources naturelles peuvent être taxés à des taux allant de 40 % à 50 %, selon le projet concerné et la réglementation applicable.

Revenu imposable et charges déductibles

L’impôt sur les sociétés est calculé sur la base du revenu imposable de l’entreprise, qui correspond généralement au chiffre d’affaires total diminué des charges professionnelles déductibles et des autres ajustements éligibles.

En pratique, déterminer le revenu imposable est souvent plus complexe qu’une simple lecture du résultat comptable. La réglementation fiscale vietnamienne impose aux entreprises de distinguer les dépenses déductibles fiscalement de celles qui ne le sont pas.

Pour être déductibles, les dépenses doivent généralement :

  • être directement liées aux activités de l’entreprise ;
  • être justifiées par des factures et documents valides ;
  • respecter les règles fiscales et les exigences de paiement applicables.

Les charges couramment déductibles incluent notamment les salaires, les loyers de bureaux, les honoraires professionnels, les amortissements et les coûts opérationnels engagés pour générer des revenus d’activité.

Certaines dépenses sont toutefois fréquemment rejetées lors des contrôles fiscaux. Il peut s’agir, par exemple, de dépenses insuffisamment documentées, de frais personnels imputés à la société, de pénalités administratives ou de coûts dépassant les plafonds prévus par la réglementation fiscale.

Les sociétés à capitaux étrangers doivent également tenir compte de la mise en œuvre, par le Vietnam, des standards fiscaux internationaux issus du cadre BEPS de l’OCDE, consacré à la lutte contre l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices.

Une règle importante concerne la déductibilité des intérêts. Selon la réglementation actuelle, les charges nettes d’intérêts sont généralement plafonnées à 30 % de l’EBITDA pour déterminer les charges déductibles au titre du CIT.

Pour les entreprises qui disposent de financements intragroupe significatifs, cette limitation peut avoir un impact important sur le revenu imposable et doit être intégrée à la planification financière.

Déclarations et échéances de paiement de l’impôt sur les sociétés

Le Vietnam applique un système d’autoévaluation fiscale. Les entreprises sont donc responsables du calcul, de la déclaration et du paiement de leurs propres obligations fiscales.

Contrairement à certaines juridictions, les sociétés ne sont pas tenues de déposer des déclarations trimestrielles de CIT. Elles doivent en revanche effectuer des paiements provisoires trimestriels, calculés sur la base des bénéfices annuels estimés. Ces paiements sont généralement dus aux dates suivantes :

  • 30 avril ;
  • 30 juillet ;
  • 30 octobre ;
  • 31 janvier, pour le dernier trimestre.

À la fin de l’exercice financier, les entreprises doivent préparer et déposer une déclaration annuelle de finalisation du CIT.

Cette déclaration annuelle est généralement due dans les trois mois suivant la clôture de l’exercice fiscal. Pour les sociétés qui suivent l’année civile, l’échéance tombe donc habituellement le 31 mars de l’année suivante.

Des paiements provisoires insuffisants en cours d’année peuvent entraîner des intérêts sur le montant restant dû. Selon les règles actuelles d’administration fiscale, les intérêts de retard sont généralement calculés au taux de 0,03 % par jour sur les sommes échues.
Pour les investisseurs étrangers, la tenue d’une comptabilité rigoureuse et la réalisation de revues fiscales périodiques permettent de réduire les risques de conformité et d’éviter des passifs inattendus lors des contrôles fiscaux.

Drapeau vietnamien et éléments fiscaux pour les entreprises.
Fiscalité des entreprises au Vietnam

Prix de transfert pour les sociétés à capitaux étrangers

Les prix de transfert restent l’un des principaux sujets de conformité fiscale pour les groupes multinationaux opérant au Vietnam.

Le régime vietnamien des prix de transfert est principalement encadré par le décret 132/2020/ND-CP, qui reprend le principe de pleine concurrence reconnu au niveau international. Les transactions entre parties liées doivent donc être réalisées dans des conditions comparables à celles qui s’appliqueraient entre entreprises indépendantes.
Ces règles couvrent un large éventail de transactions entre parties liées, notamment :

  • les frais de services de management ;
  • les prêts intragroupe ;
  • les redevances et accords de licence ;
  • les transactions de biens et de services entre entités d’un même groupe.

Les sociétés qui atteignent certains seuils peuvent également être tenues de préparer une documentation de prix de transfert, comprenant notamment :

  • un Local File ;
  • un Master File ;
  • un Country-by-Country Report (CbCR).

Le niveau de documentation requis dépend de la taille et de la structure du groupe multinational.

Les prix de transfert font l’objet d’une attention croissante de la part de l’administration fiscale vietnamienne, en particulier pour les entreprises à investissement étranger réalisant des transactions transfrontalières. Les groupes multinationaux doivent donc s’assurer que leurs politiques de prix de transfert sont correctement documentées et alignées à la fois sur la réglementation vietnamienne et sur les lignes directrices de l’OCDE.

D’un point de vue business, les prix de transfert ne doivent pas être considérés uniquement comme un exercice de conformité. Ils constituent aussi un élément important de la gestion des risques et de la gouvernance fiscale, notamment pour les sociétés intégrées à des groupes internationaux.

TVA au Vietnam

Avec l’impôt sur les sociétés, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) fait partie des principaux impôts auxquels les entreprises étrangères sont confrontées au Vietnam.

Qu’une société fabrique des produits, fournisse des services, importe des marchandises ou vende à des clients locaux, la TVA peut avoir un impact direct sur les prix, la trésorerie et les obligations de conformité.

Le système vietnamien de TVA suit généralement le principe international consistant à taxer la valeur ajoutée à chaque étape de la production et de la distribution. Les entreprises collectent la TVA auprès de leurs clients, imputent la TVA déductible payée sur leurs achats, puis reversent la différence à l’administration fiscale.

Pour les investisseurs étrangers, comprendre les taux de TVA applicables, les obligations d’immatriculation et les mécanismes de remboursement est essentiel, à la fois pour la conformité et pour la planification financière.

Taux de TVA : standard, réduit et opérations exonérées

Le Vietnam applique différents taux de TVA selon la nature des biens ou services fournis.

Le taux standard de TVA est de 10 % et s’applique à la plupart des biens et services vendus au Vietnam. C’est le taux que les entreprises à investissement étranger rencontrent le plus souvent dans leurs opérations courantes. Jusqu’au 31 décembre 2026, il est ramené à 8 %, sauf pour certains biens et services.

Un taux de TVA de 5 % s’applique à certains biens et services essentiels que le gouvernement souhaite soutenir, notamment certains produits agricoles, équipements médicaux, supports éducatifs, services d’approvisionnement en eau potable et services scientifiques ou techniques spécifiques.

Un taux de TVA de 0 % s’applique généralement aux biens et services exportés, au transport international et à d’autres activités liées à l’exportation remplissant les conditions requises. Même si ces opérations sont souvent présentées comme « sans TVA », elles restent dans le champ du régime de TVA et peuvent permettre aux entreprises de demander des crédits ou remboursements de TVA en amont, sous réserve de remplir les conditions applicables.

Certaines activités sont par ailleurs exonérées de TVA, notamment certains services financiers, activités d’assurance, services d’éducation, services de santé et transactions liées au foncier. Contrairement aux opérations soumises au taux de 0 %, les activités exonérées peuvent limiter la capacité d’une entreprise à récupérer la TVA payée en amont.

Pour les entreprises étrangères, bien distinguer le taux de 0 % et l’exonération de TVA est particulièrement important, car ces deux régimes ont des effets très différents sur la trésorerie et la récupération de la taxe.

Immatriculation à la TVA, déclarations et remboursements

La plupart des entreprises à investissement étranger doivent s’immatriculer à la TVA dans le cadre du processus de création de société. Une fois le certificat d’enregistrement d’entreprise (Enterprise Registration Certificate, ERC) obtenu et les procédures d’enregistrement fiscal finalisées, l’entreprise peut commencer à émettre des factures de TVA et à respecter ses obligations déclaratives récurrentes.

Le Vietnam permet actuellement aux entreprises de calculer la TVA selon deux méthodes : la méthode du crédit et la méthode directe. La méthode du crédit est la plus couramment utilisée par les entreprises à investissement étranger. Elle leur permet d’imputer la TVA en amont sur la TVA collectée auprès des clients.

Les déclarations de TVA sont généralement déposées sur une base mensuelle ou trimestrielle, selon la taille de l’entreprise et son statut fiscal. Les sociétés doivent conserver des factures et documents justificatifs appropriés afin d’appuyer les déductions de TVA et d’éviter les contestations lors des contrôles fiscaux.

Pour les entreprises tournées vers l’export, les remboursements de TVA peuvent représenter un enjeu important de trésorerie. Les sociétés qui réalisent des activités d’exportation éligibles peuvent demander un remboursement de TVA lorsque la TVA en amont dépasse la TVA collectée. Dans le cadre des procédures standards, l’administration fiscale traite généralement les demandes de remboursement dans un délai de 15 jours ouvrables, même si les dossiers plus complexes nécessitant des vérifications complémentaires peuvent prendre jusqu’à 40 jours.

Comme les exigences documentaires en matière de TVA sont examinées de près, les entreprises doivent veiller à mettre en place dès le départ une facturation, une comptabilité et des contrats justificatifs fiables et cohérents.

Obligations de TVA pour les prestataires étrangers de services numériques et d’e-commerce

Le cadre vietnamien de TVA a évolué pour répondre à la croissance rapide des services numériques transfrontaliers.

Depuis 2022, les prestataires étrangers de services numériques fournis directement à des clients au Vietnam doivent s’enregistrer, déclarer et payer leurs impôts via le portail électronique dédié aux fournisseurs étrangers. Ce dispositif concerne les entreprises qui proposent des contenus numériques, logiciels, services de publicité en ligne, services cloud, plateformes de streaming et autres offres numériques transfrontalières.

Des groupes internationaux comme Google, Meta, Netflix, Microsoft et d’autres fournisseurs de services numériques entrent dans le champ de ces règles lorsqu’ils génèrent des revenus auprès d’utilisateurs vietnamiens.

L’une des particularités du système est que les fournisseurs étrangers peuvent réaliser les procédures d’enregistrement et de déclaration en ligne sans constituer d’entité juridique au Vietnam. Les déclarations fiscales sont déposées électroniquement via le portail de la Direction générale des impôts pour les fournisseurs étrangers, et les paiements sont effectués en devises étrangères sur la base des taux de change publiés par Vietcombank.

À mesure que l’économie numérique vietnamienne se développe, la conformité fiscale des services transfrontaliers devient un sujet de plus en plus surveillé par les régulateurs. Les entreprises étrangères qui fournissent des produits ou services numériques à des clients vietnamiens doivent donc évaluer leurs obligations de TVA, même si elles ne disposent d’aucune présence physique dans le pays.

Pièces et lettres TVA représentant la taxe sur la valeur ajoutée.
TVA au Vietnam

Incitations fiscales pour les investisseurs étrangers au Vietnam

Les incitations fiscales restent l’un des principaux leviers utilisés par le Vietnam pour attirer les investissements directs étrangers (IDE), en particulier dans les secteurs et les zones géographiques alignés sur les objectifs de développement économique à long terme du pays. Même si le taux standard du CIT est de 20 %, les projets d’investissement éligibles peuvent bénéficier de taux réduits, d’exonérations temporaires et d’autres mesures destinées à encourager les investissements dans les secteurs et régions prioritaires.

Pour les investisseurs étrangers, ces incitations peuvent avoir un effet significatif sur la viabilité financière d’un projet à long terme. Leur éligibilité dépend toutefois de la nature de l’activité, de la localisation de l’investissement et du respect des conditions applicables pendant toute la période d’incitation.

Taux préférentiels d’impôt sur les sociétés et périodes d’exonération

Le Vietnam propose des taux préférentiels d’impôt sur les sociétés pour les projets opérant dans des secteurs considérés comme stratégiques par le gouvernement. Il s’agit généralement de la haute technologie, du développement logiciel, de la recherche et développement (R&D), de l’éducation, de la santé, de la protection de l’environnement et de certaines activités manufacturières avancées.

Selon le projet d’investissement, les entreprises éligibles peuvent bénéficier d’un taux préférentiel de CIT de 10 % ou 15 %, contre un taux standard de 20 %. Ces taux préférentiels sont généralement accordés pour une période déterminée et, dans certains cas, pour toute la durée du projet.

En plus des taux réduits, de nombreux projets peuvent bénéficier de périodes d’exonération fiscale, qui réduisent fortement la charge fiscale pendant les premières années d’activité. Une structure d’incitation courante prévoit :

  • jusqu’à 4 ans d’exonération de CIT ;
  • puis une réduction de 50 % du CIT dû pendant une période pouvant aller jusqu’à 9 années supplémentaires.

Le dispositif d’incitations exact dépend du secteur, du montant de l’investissement, de la localisation et de la réglementation applicable au moment de l’obtention de la licence.

Les investisseurs doivent noter que les incitations fiscales ne sont pas automatiques. Les entreprises doivent satisfaire aux critères d’éligibilité et rester conformes pendant toute la période d’incitation. Des changements importants dans les activités, les objectifs d’investissement, l’échelle du projet ou les conditions opérationnelles peuvent affecter le maintien de l’éligibilité.

Du point de vue de la planification business, les incitations fiscales peuvent améliorer le rendement d’un projet et accélérer les délais de retour sur investissement. Elles constituent donc un élément important dans l’évaluation des opportunités d’investissement au Vietnam.

Incitations liées à la localisation : zones industrielles, zones franches d’exportation et zones économiques

En plus des incitations sectorielles, le Vietnam accorde également des avantages fiscaux selon la localisation du projet d’investissement.

De nombreux fabricants étrangers choisissent de s’implanter dans des zones industrielles (Industrial Zones, IZs), car ces zones offrent souvent des procédures administratives simplifiées, des infrastructures développées et un accès à des incitations à l’investissement. Selon la localisation et le type de projet, les entreprises opérant dans des zones industrielles peuvent bénéficier d’incitations au CIT et d’autres mesures de soutien à l’investissement.

Les zones franches d’exportation (Export Processing Zones, EPZs) sont spécifiquement conçues pour les fabricants tournés vers l’export et peuvent offrir des avantages supplémentaires en matière de douanes et de droits d’importation, en particulier pour les entreprises qui importent des matières premières et exportent des produits finis.

Le Vietnam compte également plusieurs zones économiques (Economic Zones, EZs) et zones de développement spécialisées, qui offrent certaines des incitations à l’investissement les plus attractives du pays. Ces zones sont généralement situées dans des régions ciblées pour leur développement économique et peuvent proposer des périodes d’exonération prolongées, des taux préférentiels de CIT et un soutien en matière d’infrastructures.

Les projets situés dans des zones classées comme ayant des conditions socio-économiques difficiles ou particulièrement difficiles peuvent également bénéficier de programmes d’incitation renforcés. Dans certains cas, les investisseurs peuvent obtenir un taux préférentiel de CIT de 17 % ou des périodes de réduction fiscale plus longues que pour les projets situés dans de grands centres urbains comme Ho Chi Minh-Ville ou Hanoï.

Lorsqu’elles évaluent des implantations potentielles, les entreprises ne doivent pas se limiter aux coûts de main-d’œuvre, à la logistique et aux infrastructures. Les incitations fiscales peuvent avoir un impact significatif sur les coûts opérationnels à long terme et doivent être intégrées au processus de sélection du site.

Pour les investisseurs étrangers, l’approche la plus pertinente consiste souvent à analyser les incitations fiscales en parallèle des objectifs business globaux, plutôt que comme un critère isolé. Une localisation offrant des avantages fiscaux plus modestes, mais un meilleur accès aux clients, fournisseurs et talents, peut finalement créer davantage de valeur à long terme qu’un site choisi uniquement pour les avantages fiscaux qu’il offre.

Autres impôts clés à connaître pour les entreprises étrangères

Même si l’impôt sur les sociétés et la TVA représentent l’essentiel des obligations fiscales courantes, les entreprises étrangères opérant au Vietnam peuvent aussi être concernées par plusieurs autres impôts, selon leur modèle économique, leur secteur et leurs transactions transfrontalières.

Ces impôts sont particulièrement pertinents pour les sociétés qui effectuent des paiements vers l’étranger, importent des marchandises, travaillent avec des prestataires étrangers ou opèrent dans des secteurs soumis à des taxes spéciales à la consommation. Les anticiper dès le départ permet d’éviter des coûts inattendus et des difficultés de conformité.

Retenue à la source et Foreign Contractor Tax

Pour les entreprises à investissement étranger, les transactions transfrontalières créent souvent des obligations fiscales qui vont au-delà du CIT et de la TVA.

L’un des exemples les plus fréquents est la Foreign Contractor Tax (FCT), qui s’applique lorsqu’une entreprise vietnamienne achète des services à un fournisseur étranger qui ne dispose pas de présence juridique au Vietnam. Les cas typiques incluent les services de conseil, les licences logicielles, le support technique, les services numériques, les frais de management et certains services professionnels fournis par des entités étrangères.

La FCT n’est généralement pas un impôt autonome : elle combine le plus souvent une composante de TVA et une composante d’impôt sur les sociétés, avec des taux variables selon la nature du service. Dans de nombreuses transactions de services, la part CIT se situe entre 1 % et 10 %, tandis que la part TVA peut aller de 3 % à 5 %.

Les entreprises étrangères doivent également tenir compte des obligations de retenue à la source sur certains paiements sortants. Les exemples les plus fréquents incluent :

  • les dividendes versés à des actionnaires étrangers ;
  • les intérêts payés sur des prêts transfrontaliers ;
  • les redevances liées à la propriété intellectuelle et aux accords de licence ;
  • les honoraires de services versés à des entités étrangères.

Le Vietnam a signé 81 conventions fiscales visant à éviter la double imposition avec des pays et territoires dans le monde. Selon la convention applicable et le statut de résidence fiscale du bénéficiaire, les investisseurs étrangers peuvent être éligibles à des taux de retenue réduits ou à des exonérations fondées sur la convention. Des justificatifs de résidence fiscale appropriés sont généralement nécessaires pour bénéficier de ces avantages.

Pour les groupes multinationaux, la retenue à la source et la FCT font souvent partie des sujets les plus examinés lors des contrôles fiscaux, car elles influent directement sur les flux transfrontaliers de bénéfices et sur les obligations fiscales.

Document sur la retenue à la source avec calculatrice.
Retenue à la source et taxe des contractants étrangers

Droits d’importation et taxe spéciale à la consommation

Pour les entreprises actives dans la production, le trading, le retail ou la distribution, les taxes liées aux importations peuvent avoir un impact important sur les coûts opérationnels et les stratégies de prix.

Le Vietnam applique des droits d’importation sur de nombreux biens importés, même si le taux exact dépend de facteurs comme la classification du produit, son pays d’origine et les accords commerciaux applicables. Au cours de la dernière décennie, le Vietnam a signé de nombreux accords de libre-échange, dont le Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership (CPTPP) et l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Vietnam (EVFTA). Ces accords ont réduit ou supprimé les droits de douane sur de nombreux produits respectant les règles d’origine applicables.

Les entreprises étrangères qui importent des marchandises au Vietnam ne doivent donc pas présumer que les taux tarifaires standards s’appliquent. Une planification rigoureuse de la chaîne d’approvisionnement et une analyse de l’origine des produits peuvent souvent permettre de réaliser des économies significatives sur les droits de douane.

Dans certains cas, les machines, équipements ou actifs de production importés pour des projets d’investissement peuvent bénéficier d’exonérations de droits d’importation, notamment lorsque des produits équivalents ne peuvent pas être sourcés localement.
En plus des droits d’importation, certains produits sont soumis à la taxe spéciale à la consommation (Special Consumption Tax, SCT). Cette taxe s’applique aux biens et services considérés comme de luxe, non essentiels ou socialement sensibles. Les exemples les plus courants incluent :

  • les boissons alcoolisées ;
  • les produits du tabac ;
  • les véhicules particuliers ;
  • les motos dépassant certaines cylindrées ;
  • les produits pétroliers ;
  • certaines activités de divertissement et de jeux.

Selon la catégorie de produit, les taux de SCT peuvent aller de 15 % à 150 %, ce qui en fait un poste de coût important pour les entreprises opérant dans les secteurs concernés.

Pour les investisseurs étrangers qui évaluent des opportunités de production, d’importation ou de distribution au Vietnam, comprendre ces taxes est tout aussi important que de maîtriser le CIT ou la TVA. Les droits d’importation, les avantages conventionnels et les obligations liées à la SCT peuvent avoir un impact direct sur la rentabilité, les prix et la stratégie globale d’entrée sur le marché.

Conclusion

Le système fiscal vietnamien offre un environnement compétitif aux investisseurs étrangers, avec un taux standard de CIT de 20 % et plusieurs incitations fiscales destinées à attirer les investissements dans les secteurs et régions prioritaires. Dans le même temps, les entreprises doivent comprendre leurs obligations en matière de TVA, de retenues à la source, de Foreign Contractor Tax, de droits d’importation et de conformité fiscale récurrente.

Pour les investisseurs, une planification fiscale efficace ne consiste pas seulement à réduire la charge fiscale. Elle vise aussi à construire une structure d’activité durable, capable de soutenir la croissance tout en restant conforme à la réglementation locale.

En comprenant dès le départ les implications fiscales de leur modèle économique, les sociétés étrangères peuvent prendre de meilleures décisions d’investissement, améliorer leur efficacité opérationnelle et tirer pleinement parti des opportunités offertes par l’économie vietnamienne en pleine évolution.